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REDÉFINIR L'ESSENTIEL

Que ce soit pour prendre le temps de jouer en famille, fabriquer des choses de ses propres mains ou transmettre des valeurs et des talents, la famille St-Hilaire-Lahaie-Marleau de Saint-Ludger nous livre les réflexions et les constats que la pandémie suscite chez elle.


Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA

Malgré les turbulences provoquées par la crise de la COVID-19, depuis le début de la pandémie, ils continuent tous deux à exercer leur métier puisqu’ils travaillent dans des domaines essentiels. Conscients de la chance qu’ils ont d’avoir conservé leur emploi, ils s’adaptent dans leur quotidien tout en réfléchissant aux enjeux de cette crise sur le plan collectif. Alexandre Marleau, agriculteur maraîcher, et Stéphanie St-Hilaire-Lahaie, ergothérapeute, nous ouvrent un pan de leur réalité de travailleurs, de parents et de citoyens dans le contexte actuel.


« Au début de la crise, quand le confinement a été mis en place, le climat de travail était vraiment très stressant : le vocabulaire utilisé dans les médias y était pour quelque chose dans mon impression d’aller risquer ma vie chaque jour… aller au front, combattre le virus! Au fil des semaines, on s’y est adapté alors c’est devenu moins intense, mais tout cela a fait place à une difficulté à trouver un sens à mon travail dans sa forme actuelle. »

Pour mener ses interventions en tant qu’ergothérapeute, Stéphanie mise sur le contact privilégié avec ses patients et la possibilité de les voir évoluer dans leur milieu naturel lors de ses visites à domicile. Par contre, avec les mesures sanitaires établies en mars dernier, une bonne partie des suivis se font maintenant par téléphone.


« Au-delà du fait que c’est plus difficile de faire mon travail à distance avec mes patients, j’ai réalisé plus que jamais à quel point le contact humain est vital pour moi, c’est ce qui me nourrit, je ne pourrais pas vivre sans ça! », nous dit-elle, la voix nouée par l’émotion.

Cette passionnée de danse swing n’a évidemment pas pu se délier les jambes avec ses fidèles comparses depuis quelque temps, une activité qui lui fait le plus grand bien en temps normal.



Spontanément, Stéphanie aborde la crise actuelle dans une perspective plus globale et ne peut s’empêcher de s’inquiéter de son impact potentiel sur notre façon d’être en tant qu’humain.


« Ça va avoir l’air de quoi, à partir de maintenant, les relations entre les gens? On a appris, tout d’un coup, à craindre l’autre! Et lorsque tous les magasins seront ouverts à nouveau, est-ce que les gens vont se garrocher pour consommer de façon boulimique, comme pour compenser ce qui leur a manqué? »

Bien que très consciente que la crise de la COVID-19 fragilise beaucoup de gens, elle est d’avis qu’il s’agit aussi d’une formidable occasion de changement puisque nous avons pu expérimenter de nouvelles façons de vivre dans les dernières semaines, avec le confinement.


« Il va falloir se réinventer, redéfinir ce qui est essentiel dans nos liens avec les autres, dans notre rapport au temps, à la planète, à la consommation. »

Redéfinir l’essentiel… Alexandre, son conjoint, abonde dans le même sens. Agriculteur maraîcher, il a vu les demandes d’inscriptions à ses paniers de légumes de la ferme Rouge Tomate exploser ce printemps. Selon lui, plus de gens prennent maintenant conscience des enjeux de l’achat local et ont envie d’essayer de tendre vers une certaine autonomie, un effet de cette crise qu’il considère comme positif et qu’il souhaite durable.


« C’est triste, on n’est plus capable de rien faire nous-mêmes aujourd’hui, par exemple, de réparer nos objets ou nos vêtements. On achète du nouveau, alors qu’il devrait plutôt y avoir une transmission de savoirs au fil des générations pour qu’on développe toutes sortes de talents pour ça! C’est gratifiant et c’est bon pour la planète! »

Jusqu’à ce que l’école reprenne récemment, la routine de travail d’Alexandre a été rythmée par ses deux enfants qui l’accompagnaient chaque jour à la ferme. Heureux de constater qu’ils ont eu l’occasion de développer leur autonomie et leur imagination pendant ces quelques semaines, il est également reconnaissant du fait qu’ils aient pu baigner dans la réalité de son travail.


Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA
« On ne se cachera pas que par moments, c’était difficile de les avoir avec moi, on n’est pas habitués. Mais au fond, une partie de moi se dit que ça devrait être ça, la normalité… qu’on passe plus de temps avec eux pour leur transmettre davantage nos valeurs. »

Éloi, 9 ans, raconte qu’il a aimé être en congé pendant un long moment, mais qu’il a trouvé cela difficile de ne pas voir ses amis et d’être privé de certaines activités.


« J’ai joué plus avec ma sœur, ça s’est quand même bien passé. Puis j’ai beaucoup aimé qu’on joue plus souvent à des jeux de société en famille. »

Zoé, 6 ans, est bien d’accord et ajoute qu’elle a beaucoup aimé parler avec ses amis de l’école par vidéo. De façon régulière, les deux enfants ont été en contact virtuel avec leurs professeurs et leurs pairs, ce qu’ils ont grandement apprécié.


Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA
« On n’a jamais eu autant de temps tous les quatre ensemble. On vit des beaux moments en famille, c’est certain, et nos enfants développent une complicité qu’on ne voyait pas avant, même si c’est loin d’être toujours parfait. »

Alexandre et Stéphanie ont hâte de voir la vie reprendre son cours graduellement. Ils souhaitent toutefois que les réflexions semées pendant cette période où l’on s’est tourné vers l’intérieur portent fruit dans notre apprentissage collectif à vivre autrement.


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