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UN MODE DE VIE ET NON UNE MODE...

Nouveaux venus dans la MRC du Granit depuis deux ans, Gabrielle Brosseau et Lee Gasser ont fondé la fermette Le Triolet à Lac-Drolet. Avec leurs trois fillettes, ils approfondissent de plus en plus leur mode de vie en autosuffisance et partagent leurs connaissances dans la communauté. Leur quotidien a été très peu chamboulé par l’arrivée de la COVID-19, mais la perception et l’intérêt à l’égard de leur mode de vie ont pour leur part beaucoup changé! Gabrielle nous raconte le cheminement de sa famille dans les dernières années et les réflexions qui l’habitent depuis le début de la pandémie.


Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA

En 2017, Gabrielle et Lee ont envie de tout vendre et de partir autour du monde en nomades avec leurs enfants. Leur cœur balance toutefois entre ce projet et celui de s’établir sur une terre pour tendre vers l’autosuffisance. Finalement, ils dénichent à Lac-Drolet un lopin de terre tel qu’ils le désiraient alors ils emménagent dans la région et se lancent dans l’aventure de la fermette. Ils élèvent des animaux, cultivent des légumes et offrent à leur communauté la possibilité d’apprendre différentes techniques dans le cadre d’ateliers de fabrication de savon et de pain, notamment.

Éducatrice de formation, Gabrielle élève ses trois fillettes à temps plein et fait l’école à la maison lorsqu’elles atteignent l’âge scolaire. Son conjoint travaille comme électromécanicien dans une entreprise du coin tout en s’impliquant activement dans la vie familiale et les travaux de la ferme. Ils font de l'autosuffisance leur mode de vie en consommant principalement les produits de leur ferme, tout en complétant leurs besoins avec du troc auprès d’autres producteurs locaux ainsi qu’avec quelques achats occasionnels dans les commerces.


« Je vais à l’épicerie moins d’une fois par mois, en général, et seulement pour quelques articles bien précis. J’ai une pièce dans ma maison qui ne sert qu’à entreposer des denrées non périssables que j’achète en vrac et en très grande quantité, comme de la farine. »

Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA

À l’hiver 2020, après presque deux ans à bâtir leur projet et à s’impliquer dans leur communauté tout en ayant agrandi leur famille, ils ressentent une grande fatigue. Bien qu’ils apprécient leur mode de vie au rythme de la fermette et aligné sur leurs valeurs, ils ont conclu que ce projet était devenu trop gros, trop lourd à porter. Désireux de ne pas se laisser emporter par la frénésie de l’expansion et de perdre de vue l’essentiel, ils décident alors de tout vendre pour revenir à leur autre rêve : partir voyager autour du monde en famille.


Ils mettent leur plan à exécution et démantèlent leur fermette. Par contre, devant leur grange devenue vide d’animaux, ils ont finalement un mouvement de recul :


« On s’est dit, mais qu’est-ce qu’on est en train de faire? Non, c’est ici qu’on est bien, on s’enracine et on redémarre notre projet, mais à plus petite échelle! »

C’était tout juste avant le déclenchement de la crise de la COVID-19…


En constatant tous les impacts de cette crise à l’échelle mondiale, Gabrielle et Lee ont poussé un soupir de soulagement en songeant à leur décision toute récente de rester à Lac-Drolet. Comme ils vivent pratiquement en autosuffisance, leur quotidien n’a pas été aussi fortement ébranlé que pour l’ensemble de la population. Par contre, ils ont vu surgir un intérêt soudain par rapport à leur mode de vie.


« J’ai toujours été considérée comme une marginale, plusieurs de mes amis ne comprenaient pas pourquoi je vivais comme ça. Tout d’un coup, les gens se sont mis à se dire qu’on devait être plutôt bien et ils voulaient tout apprendre! »

Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA

Gabrielle réfléchit aux enjeux de cette crise et en conclut que cet engouement pour le retour à la terre, pour l’autosuffisance et pour l’achat local sera peut-être un des effets positifs de la pandémie. Toutefois, elle porte un regard critique sur cet intérêt soudain.


« Dans l’urgence de la crise, les gens se lancent dans toutes sortes de choses. Mais plus le temps passe et que ça se tasse, est-ce que ça va faire en sorte que les gens vont être tentés de revenir à la salade du Mexique à 0.99$ des grandes surfaces, par exemple? Et tous ceux qui commencent un jardin, achètent des poules, veulent tout savoir sur l’autosuffisance… ça me fait plaisir, mais en même temps, pour le faire dans le respect de la nature, il faut le voir comme un mode de vie, pas comme une mode dans une optique de consommation! »

Quelques semaines ont passé, et les travaux de la ferme battent leur plein à la fermette Le Triolet. Plein de nouveaux animaux ont vu le jour, les jardins s’apprêtent à exploser de bons légumes et Gabrielle a repris ses ateliers afin de transmettre à la communauté le savoir qu’elle a fièrement acquis au fil des années.


« Tout va à merveille. On est vraiment heureux là où on est! »

Crédit photo : Claude Grenier NUMÉRA

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